Via Crucis

 

Achevé en 1879 et inspiré dès 1874 à Liszt par les dessins de Johann Friedrich Overbeck, le Via Crucis est une œuvre austère, intérieure et caractéristique de la période des Années de Pèlerinage du compositeur. Une hymne et les quatorze stations traditionnelles du Chemin de croix y font alterner chorals luthériens, chant grégorien a cappella, solos dépouillés et une impressionnante partie de clavier (piano ou orgue) dans un langage à mi- chemin entre Tristan et Isolde de Wagner et les Passions de Bach, au service d’une pensée éminemment œcuménique. Il s’agit de questionner ce mythe fondateur de la culture occidentale qu’est la Passion, dans une approche humaniste, à l’heure où le monde a plus que jamais besoin de réfléchir aux thèmes douloureusement contemporains que sont le sacrifice, la foi et le doute, le martyre, l’injustice, l’espoir.

Si l’austérité de la musique peut constituer un obstacle pour le public, le texte est plus problématique encore : qui connaît le détail des quatorze stations du Chemin de croix ? C’est pourquoi nous avons imaginé un rapprochement avec des œuvres littéraires qui ont comme point commun de commenter l’action contenue dans la musique. Non seulement elles en facilitent l’accès, mais aussi en expriment l’actualité.  Le texte en latin est mis en regard avec les poèmes du Chemin de la Croix de Paul Claudel et la Passion de Charles Péguy, tirée des Mystères de la charité de Jeanne d’Arc, afin de souligner l’universalité et l’actualité de ce récit fondateur de la culture occidentale. La souffrance, le martyre, le sacrifice y rencontrent un questionnement bouleversant sur l’injustice et l’espérance.

 

>Ave Crux, Via Crucis, Franz Liszt