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Quel est le point commun entre la mélancolie de Gustav Mahler, la gouaille de Francis Poulenc, le sarcasme de Kurt Weill, le raffinement de Claude Debussy ou Maurice Ravel ? Entre la poésie lunaire de Guillaume Apollinaire, l’anarchisme socialiste de Bertolt Brecht, la grâce de Charles d’Orléans, l’idéalisme d’Albert Camus ? Certainement la guerre, qui a marqué ces artistes dans leur chair ou dans leur esprit.

Les chanteurs Anthony Lo Papa et Léo Vermot-Desroches s’associent à la pianiste Marion Julien autour d’un répertoire méconnu, engagé, imaginatif et d’une grande variété, dans un spectacle imaginé pour le centenaire de la Grande Guerre.

Comment ne pas être rattrapé par l’Histoire en ces débuts ensanglantés du XXIe siècle ? L’actualité nous rappelle sans répit que la violence n’est pas un objet de musée. Mais ne nous trompons pas de combat : il ne s’agit pas ici de choisir son camp, de compter les points, de chanter l’héroïsme – bien réel – et la grandeur – bien fictive – de la guerre. Aussi ce programme s’émancipera-t-il de la seule Première guerre mondiale pour se concentrer sur ce qu’il y a d’universel dans toutes les guerres : l’absurdité et les victimes. Albert Camus l’a écrit dans La Peste : face à l’injustice, on devrait toujours être du côté des victimes plutôt que des bourreaux. Voici une pensée perpétuellement d’actualité. C’est pourquoi nous avons intégré deux extraits de son recueil d’essais intitulé L’Été (1954). Ils accompagneront d’un peu de sagesse des œuvres qui dénoncent avec une grande diversité l’absurdité de la guerre.

Ce programme pour deux chanteurs et piano explore la thématique de la guerre à travers les deux pays peut-être les plus immédiatement évocateurs pour nous : la France et l’Allemagne. Qu’il s’agisse des mélodies de Francis Poulenc (1899-1963), en particulier quand il met en musique « son » poète, Guillaume Apollinaire (1880-1918), de Maurice Ravel (1875-1937) ou Claude Debussy (1862-1918), les pièces choisies s’attardent sur la séparation, les proches emportés par la guerre, les blessures qui ne cicatriseront jamais, la société chamboulée, dans un mélange alternant violence, intériorité, dérision. Deux lettres imaginaires du compositeur oublié Pierre Vellones (1889-1939), l’une du pays, l’autre du front, achèvent de rendre concrets ces témoignages des temps de guerre ou de leurs séquelles. De l’autre côté du Rhin, les Lieder de Gustav Mahler (1860-1911), traversés par les échos de fanfares des garnisons de son enfance qui se superposent aux bruissements de la nature merveilleuse, sont un poignant aveu de nostalgie de l’homme moderne arraché à son innocence, amputé de la beauté par la justice, eût écrit Camus. Si la marche funèbre affleure aussi chez Kurt Weill (1900-1950), c’est comme prétexte au sarcasme et à la peinture au vitriol des grandeurs de la guerre, tant dans sa période allemande qu’après son exil aux États-Unis pour fuir le nazisme.

 

Samedi 3 novembre 2018  20h / Le scènacle / Besançon (réservation conseillée)
Dimanche 4 novembre 2018  11h / Mairie / Belfort (entrée libre)
Dimanche 11 novembre 2018  17h / Maison particulière / Paris 14e (réservation obligatoire : https://www.conforg.fr/bin/lndl/v2.00/inscription?code=75)