DIALOGUES DES CARMÉLITES

C’est à Francis Poulenc que notre compagnie doit son nom :
Le Cortège d’Orphée est en effet le sous- titre d’un recueil de trente courts poèmes, publié en 1911 par Guillaume

Apollinaire, intitulé « Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée », mis en musique par ce musicien amoureux des mots : « Si l’on mettait sur ma tombe “Ci-gît Francis Poulenc, le musicien d’Apollinaire et d’Eluard”, il me semble que ce serait mon plus beau titre de gloire », écrivait-il, dans un esprit très proche de notre réflexion.

C’est donc avec une émotion certaine que nous abordons ces Dialogues des Carmélites, œuvre absolument singulière, marquée par la mort du compagnon de Francis Poulenc, Lucien Roubert. Gratifiée en exergue de la phrase de sainte Thérèse « Que Dieu m’éloigne des saints mornes », la partition, où Poulenc cherchait, en accord avec la « conception spirituelle » de Georges Bernanos, des
« sentiments terriblement humains : la peur, l’orgueil, qui sont à la base de cette tragique et véridique histoire », vida paradoxalement le compositeur de ses sentiments religieux, l’enracinant profondément dans la dépression. Il alla jusqu’à transposer le thème du transfert de la grâce abordé dans le livret dans sa propre existence, se persuadant que son amant Lucien était mort à sa place.

Repartir du texte et ne conserver que quelques rôles chantés, c’est remettre le drame au cœur du spectacle en conservant à la musique son immédiateté émotionnelle, sa théâtralité humaine, sa force brute. Au-delà de l’œuvre, la forme de l’adaptation nous intéresse au plus haut point et trouve un écho avec les thématiques de notre travail : questionner l’actualité du texte, abattre la distance imposée par la convention de l’opéra, mélanger les publics, favoriser la polyvalence des artistes. Tout cela au service de la vie d’une œuvre bouleversante et intemporelle.