L’OPÉRA DU ROY

Genre

Opéra de chambre

Type de salle

Théâtre ou salle historique

Synopsis

Lully est l’un des artisans majeurs du rayonnement de la France (et de Louis XIV) en Europe. Fondateur de l’Académie Royale de musique (institution prestigieuse qui allait devenir l’actuel Opéra de Paris), il est aussi l’inventeur de la tragédie lyrique, modèle du théâtre musical français jusqu’au siècle dernier. En particulier Atys, œuvre chérie de Louis XIV, représente un modèle d’équilibre entre la maîtrise musicale de Lully et la force du texte de Quinault, entre chant et théâtre, entre convention et modernité. Attentifs à cette dernière dimension, très perceptible à l’époque, mais moins évidente pour le public d’aujourd’hui, nous proposons une approche théâtrale de cette œuvre, faisant la part belle à l’action et aux enjeux de la pièce (l’amour et les aspirations de la jeunesse qui se heurtent à une société rigide).

Répertoire

Atys de Jean-Baptiste Lully

DISPOSITIF

Spectacle tout public en français
Durée : 3h avec pause
Actions culturelles et rencontres avec le public
Opéra de chambre : 6 chanteurs, 7 instrumentistes
Plateau de 6m x 6m minimum
Scénographie et plan de feux minimalistes

conception

Anthony Lo Papa, Le Cortège d’Orphée

Interprètes

Anthony Lo Papa, Atys
Yan Bua, Célénus
Caroline Michel
, Sangaride
Lorraine Prigent, Cybèle
Léo Vermot-Desroches, Mélisse
Boris Prudham, Idas

SUR LE SPECTACLE / ENTRETIEN AVEC ANTHONY LO PAPA

Pourquoi Atys ?

J’ai un goût particulier pour Lully, peut-être à cause de la froideur qu’on lui reproche souvent, et que j’appellerais plutôt morgue, solennité, gravité ; à l’inverse du goût pour le divertissement qui va triompher au XVIIIe siècle, je trouve qu’elle s’enracine dans un humanisme hérité de la Renaissance où la mort est omniprésente, indissociable de la vie, comme chez Racine, où la perfection de la forme cache une noirceur terrible, profonde, sombre. En particulier dans Atys, qui représente à mon sens un modèle d’équilibre entre musique et texte, entre convention et modernité. J’ai comme beaucoup de mélomanes découvert cet opéra emblématique du renouveau de la musique baroque à travers la production demeurée légendaire des Arts Florissants de William Christie et Jean-Marie Villégier en 1987, et c’était un rêve de longue date de pouvoir me confronter à cette œuvre.

C’est votre première mise en scène. Comment abordez-vous cet aspect du spectacle ?

Modestement. En réfléchissant, en essayant de creuser, en élucidant. Je me suis rendu compte que j’avais beaucoup d’idées toutes faites, de sympathies spontanées, de désintérêt pour certains personnages. J’avais déjà en tête ma lecture du livret, éclairée par mon écoute de la musique. J’ai revu ma copie en me penchant sur les personnages, en m’attachant à ne pas les juger, mais seulement à objectiver leurs motivations. Atys en particulier me paraît du coup beaucoup moins sympathique !

Que raconte cet opéra ?

Je crois que c’est une histoire très simple et très actuelle. Deux personnages s’aiment, mais n’osent pas se le dire ; alors l’un des deux finit par se résigner à l’amour d’une troisième personne. Trop tard pour s’avouer ses sentiments sans faire de victimes. C’est absurde. C’est l’éternel malentendu. C’est la vie.

Une histoire actuelle, mais qui se passe à l’époque baroque. Avez-vous voulu faire une transposition ?

Je n’ai rien voulu faire, et j’ai surtout évité de préméditer. J’avais peur de plaquer un concept coûte que coûte. C’est seulement en questionnant l’œuvre que j’en suis arrivé au choix de favoriser (dans l’adaptation et la mise en scène) les éléments les plus intemporels du livret : la question générationnelle, l’incommunicabilité, le pouvoir absolu, qui est plus problématique à représenter aujourd’hui qu’à l’époque de Louis XIV, car il ne nous semble plus légitime. Donc le choix du monde contemporain s’est imposé.

Comment avez-vous travaillé avec les artistes ?

Comme je crois qu’on devrait toujours avoir le loisir de le faire : en commençant par une lecture du livret avec les chanteurs. Je suis chanteur, je sais comment ça se passe souvent (faute de temps) : on travaille ses morceaux, on les apprend, et on arrive en répétitions scéniques sans toujours avoir réfléchi en détail à ce qu’il arrive aux autres personnages… Je n’aime pas du tout cette façon de procéder. Je voulais qu’on parte d’un consensus, d’une lecture partagée de l’histoire, d’une perception harmonieuse des personnages. À partir de là, je pouvais élaborer la mise en scène de manière plus précise, même si je tenais à m’appuyer sur les intuitions des chanteurs.

Et le rôle de la musique dans votre approche ?

La musique de Lully est fantastique, d’une incroyable subtilité, si sobre et pourtant si théâtrale ! Beaucoup d’idées scéniques me sont venues de la musique, par exemple concernant le rôle d’Idas. Il est assez discret après le premier acte… Oui, mais il y a le premier acte, justement, où il chante peut-être la phrase (musicale) la plus lyrique de l’opéra :
« Que c’est un tourment rigoureux de mourir d’amour sans se plaindre. »
Il est censé répéter les paroles d’Atys. Mais quelle mélancolie dans la musique ! Alors après tout, il pourrait être amoureux, lui aussi. Le livret n’en dit rien. C’est la musique qui ouvre cette porte.
Et puis nous avons beaucoup réfléchi au rythme. Cette musique, c’est du Monteverdi à la française. On est en permanence entre parole et chant. Et je crois que les interprètes ont spontanément tendance à remplacer la notation rythmique très précise par une chose plus floue, plus souple, mais qui leur semble plus naturelle. Nous avons plutôt cherché à rendre vivant ce qui est écrit, à comprendre pourquoi c’est conçu de cette manière et à s’appuyer dessus pour trouver le naturel.


Quelle a été la chose la plus difficile ?

Avoir plusieurs casquettes en même temps, c’est toujours très compliqué. Entre ce qu’il y a dans ma tête et ce qu’on voit depuis la salle, c’est très différent. Alors quand je suis au plateau et qu’il faut se rendre compte… Mais il y a aussi quelque-chose de fédérateur à être en scène avec les autres chanteurs, une dimension de troupe à laquelle je suis très attaché, qui est constitutive de la singularité du Cortège d’Orphée.