BLEUET

Quel est le point commun entre la mélancolie de Gustav Mahler, la gouaille de Francis Poulenc, le sarcasme de Kurt Weill, le raffinement de Claude Debussy ou Maurice Ravel ? Entre la poésie lunaire de Guillaume Apollinaire, l’anarchisme socialiste de Bertolt Brecht, la grâce de Charles d’Orléans, l’idéalisme d’Albert Camus ? Certainement la guerre, qui a marqué ces artistes dans leur chair ou dans leur esprit.

Les chanteurs Anthony Lo Papa et Léo Vermot-Desroches s’associent à la pianiste Marion Julien autour d’un répertoire méconnu, engagé, imaginatif et d’une grande variété, dans un spectacle imaginé pour le centenaire de la Grande Guerre.

Comment ne pas être rattrapé par l’Histoire en ces débuts ensanglantés du XXIe siècle ? L’actualité nous rappelle sans répit que la violence n’est pas un objet de musée. Mais ne nous trompons pas de combat : il ne s’agit pas ici de choisir son camp, de compter les points, de chanter l’héroïsme – bien réel – et la grandeur – bien fictive – de la guerre. Aussi ce programme s’émancipera-t-il de la seule Première guerre mondiale pour se concentrer sur ce qu’il y a d’universel dans toutes les guerres : l’absurdité et les victimes. Albert Camus l’a écrit dans La Peste : face à l’injustice, on devrait toujours être du côté des victimes plutôt que des bourreaux. Voici une pensée perpétuellement d’actualité. C’est pourquoi nous avons intégré deux extraits de son recueil d’essais intitulé L’Été (1954). Ils accompagneront d’un peu de sagesse des œuvres qui dénoncent avec une grande diversité l’absurdité de la guerre.